Greek bashing

Bravo à Jean Quatremer, spécialiste du Greek bashing et qui aura réussi un miracle.

Transformer un Syriza-sceptique comme votre serviteur en défenseur d’Alexis Tsipras.

Dans un article de son blog où il évoque la question des dommages de guerre réclamés à l’Allemagne, Jean Quatremer vise Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre grec, qui selon lui ne trouve «rien de mieux, pour expliquer les difficultés de son pays, que de pointer  la responsabilité d’une Allemagne forcément héritière du régime nazi. »

M. Quatremer, comme j’ai la chance de lire le grec j’ai cherché partout où M. Tsipras aurait  expliqué que  les difficultés actuelles  de la Grèce viendraient du non paiement des dommages de guerre par l’Allemagne. Et je n’ai rien trouvé.

Mais il est vrai que les journalistes ne sont pas contraints de citer leurs sources…

Rappelons aussi qu’il n’est pas uniquement question des dommages de guerre, mais du prêt forcé que l’Allemagne a contraint la Grèce (alors dirigée par un gouvernement de collaboration fantoche) à lui accorder pendant la deuxième guerre mondiale, de la re-évaluation de ce prêt en euros et du calcul de ses intérêts – voir notre billet de 2011 « Pétition pour le remboursement du prêt forcé : déjà 72.000 signatures. »

Les prêts actuellement en cours  contractés par la Grèce devraient courir au moins jusqu’en 2050. De nos jours il est courant de voir des prêts immobiliers privés courir sur 25 ou 30 ans. A l’échelle des états il n’y a donc rien d’extraordinaire à évoquer le prêt allemand contracté il y a 70 ans.

Rappelons que la France et la Russie n’ont réglé la question des emprunts russes qu’en 1997 et que  pour les Français, «  l’accord franco-russe signé le 27 mai 1997 a eu pour effet la renonciation mutuelle des réclamations respectives des gouvernements français et russe. Néanmoins, il n’a pas pour autant éteint les droits de créance des ressortissants français sur le gouvernement russe. La situation n’est donc pas figée ».

Donc oui, tant qu’il  n’est pas réglé d’une façon ou d’une autre, un tel litige peut bien durer 50, 70, 90 ans ou plus, tant qu’aucun accord définitif n’est trouvé. Et personne ne peut forcer la Grèce à renoncer au prêt consenti à l’Allemagne.

Alexis Tsipras a raison de pointer du doigt l’Allemagne. D’abord parce que l’Allemagne est un pays leader de l’Union européenne. Ensuite parce que c’est l’un des pays dont l’opinion publique pratique le plus le Greek bashing, alors que l’Allemagne n’a cessé de faire défaut au cours du XXème siècle aux dépens parfois des Grecs (Allemands vertueux et Grecs intempérants?).

Enfin parce qu’il est bien possible que juridiquement l’Allemagne soit bien redevable envers la Grèce de ce prêt.

Mais l’article de Jean Quatremer ne s’arrête pas là.

Le ministre de la défense grec s’est-il rendu sur l’ilôt grec d’Imia pour réaffirmer la souveraineté grecque sur ce territoire grec ? Sacrilège! Pour M. Quatremer c’est un comportement agressif que la Turquie a raison de réprouver.

M. Quatremer revient aussi sur le litige entre la Grèce et l’ex République de Macédoine.

En présentant à chaque fois, un seul son de cloche. Rien sur le nationalisme passéiste du gouvernement actuel de Skopje.

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Le premier ministre de l’ancienne République yougoslave de Macédoine (FYROM/ARYM), membre du parti nationaliste VRMO, déposant une gerbe sur la tombe du leader nationaliste Goce Delcev, sous une carte de la « Grande Macédoine slave » incluant la ville grecque de Thessalonique. Sur la question : https://europegrece.wordpress.com/2011/12/10/petit-debat-sur-notre-blog/ et https://europegrece.wordpress.com/2012/02/09/aide-militaire-de-la-grece-a-la-fyrom-2001-2002/

naziskopje

La même carte, présentée par des Habitants slaves de Skopje accueillant les nazis lors de la 2nde guerre mondiale, brandissant un portait de Hitler et du roi Boris de Bulgarie (photographie diffusée par le journal grec Apogevmatini du 15 mars 2008)

Rien sur le nationalisme turc et l’impérialisme néo-ottoman (pas de tous les turcs comme le prouvent d’ailleurs certains commentaires laissés par des visiteurs turcs sur ce blog) – lire à ce propos : Comment la Turquie est passée du «zéro problème» à zéro ami?, Etonnant : la Turquie a-t-elle des prétentions territoriales en Grèce?, « Allumer le feu! » : paranoïa grecque ou réalité?.

Au fait, exploiter les hydrocarbures sous sa zone économique exclusive en mer Egée ou en Méditerranée orientale pourrait permettre à la Grèce de payer ses créanciers. C’est en tout cas une option à ne pas exclure.

La réaffirmation de la souveraineté grecque sur certaines îles est donc cruciale (lire dans les archives du blog : Mainmise de la Turquie sur le pétrole grec : l’heure de vérité). N’en parlez par au Dr Quatremer, son diagnostic est clair : un petit pays qui redresse la tête et défend ses intérêts est forcément atteint d’hystérie xénophobe et nationaliste.

Il existe un parti grec dont les cadres me donnent parfois l’impression de tenir un discours assez proche de M. Quatremer. A les entendre il faudrait re-éduquer les Grecs du tout au tout. Ce parti c’est « to potami » créé par un présentateur de télévision. Manque de chance, Syriza s’est allié aux Grecs indépendants.

Et comme M. Quatremer reprend les caricatures qui représentent les Grecs en cigales, invitons-le à consulter la réponse de Varoufakis à ce type de raccourcis simplistes :

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