Réflexions sur la dette. Allemagne, 1953. Grèce, 2013.

20 décembre 2013.

Sur l’estrade du Parlement grec, Byron Polydoras débite son discours. Celui-ci lui vaudra d’être radié de la Nouvelle Démocratie, le parti au pouvoir, dans les heures qui suivront. Il le sait.

Il explique pourquoi il votera « non » au projet de nouvelle taxe foncière, « l’impôt commun sur la propriété des biens immobiliers » qui, selon lui, s’ajoutera à 40 impôts et taxes diverses déjà applicables aux propriétaires immobiliers grecs. Il en critique la base d’imposition forfaitaire.

Indépendamment du bien fondé de cet impôt, nul n’ignore que beaucoup de Grecs ne pourront pas payer le nouvel « impôt commun sur la propriété des biens immobiliers », compte tenu de la récession massive et des nouveaux impôts votés depuis 2009, depuis les plans d’austérité.

Cette taxe entraînera immanquablement, si elle est appliquée, une avalanche de saisies au profit du Trésor public grec et donc, des créanciers de la Grèce, pour combler le trou sans fond de l’impayable dette grecque. Saisies totalement inutiles, donc, mais destructrices.

Polydoras soutient que les plans d’austérité signés par les gouvernements grecs sont le produit de la menace.

Polydoras évoque l’urgence de la situation humanitaire et l’impossibilité dans laquelle se trouvent les Grecs de payer.

Il rappelle l’accord de Londres de 1953 http://www.admin.ch/ch/f/rs/i9/0.946.291.364.fr.pdf (qui allégeait considérablement la dette allemande et en repoussait le paiement complet à la réunification alors très hypothétique du pays).

De fait, on ne peut s’empêcher de s’interroger : est-il juste d’avoir eu plus d’indulgence pour l’Allemagne de l’après-guerre, qui avait saigné l’Europe à blanc, que pour la Grèce, dont le crime est d’avoir été, certes, fort mal gérée?

Nous renvoyons à l’excellent article d’Eric Toussaint publié à ce sujet, sur le site du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde le 28 février 2013.

Cette taxe frappera le village accueillant des ancêtres, où le chômeur grec a cru pouvoir trouver refuge avec ses enfants, pour cultiver ses patates et élever ses poules, et ne pas finir clochardisé sur les trottoirs athéniens.

Cette taxe frappera le lieu de vie de centaines de milliers de Grecs, mais aussi le lien qui unit le Grec urbanisé du 21ème siècle, vivant encore à Athènes ou Thessalonique, au caillou pelé de la mer Egée où il a ses racines, encore quelques terrains à chèvres où poussent les herbes folles, ou au sévère village de montagne. Que valent ces biens? Rien pour les créanciers de la Grèce tant la dette est colossale. Tout pour les Grecs.

Pourquoi insister sur Byron Polydoras alors que d’autres discours se sont succédés, contre cet impôt, au sein des partis plus radicaux, ou extrémistes?

Le cas de Polydoras est inquiétant car il est symptomatique du démantèlement des partis modérés.

La promesse d’un siège au parlement ne suffit plus.

La crainte de devoir répondre, un jour, de ces impôts écrasants devant le peuple, devient plus forte que le confort de l’appartenance aux partis de gouvernement.

La vision comptable et technocratique des représentants de la « Troïka » est étouffante.

Le poids de la dette publique grecque, écrase les ménages via les impôts confiscatoires et les baisses de salaires. Ce qui du reste, tel un cercle vicieux, encourage davantage la fraude fiscale.

Les autres pays européens doivent comprendre qu’en prenant les Grecs à la gorge, ils discréditent les partis modérés au pouvoir, les disloquent.

Et favorisent les extrêmes des deux bords.

La dette grecque ne sera jamais payée, malgré les accords passés. Il est temps de le comprendre.

Elle ne fait que détruire le pays, chasser ses cerveaux, pousser ses jeunes à l’émigration.

La Grèce a fauté, n’aurait jamais du rentrer dans l’euro, n’a pas pris au sérieux la question de la dette. Certes. Mais ce n’est pas un crime contre l’humanité. Le peuple grec a assez payé.

Avant l’accord de Londres, des usines allemandes avaient été démantelées,  le peuple allemand humilié. Puis on a compris que cela ne pouvait plus durer. Qu’il fallait laisser vivre les Allemands et ne pas les réduire en esclavage.

Pour la Grèce aussi, il est temps de tirer les conséquences du désastre.

Rappels :

 Article du Spiegel sur l’Allemagne et la Grèce

Allemands vertueux et Grecs intempérants?

Pétition pour le remboursement du prêt forcé

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2 commentaires pour Réflexions sur la dette. Allemagne, 1953. Grèce, 2013.

    • europegrece dit :

      Bonjour. Mais est-ce parce que l’Europe échoue en Grèce qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est à dire renoncer à la réformer et la réduire à peau de chagrin?

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