Pourquoi je ne parle plus d’Aube dorée

Pas un site ou un blog sur la Grèce qui ne parle de l’opération « anti-Aube dorée » du gouvernement grec, en lutte contre le parti ultra-nationaliste, depuis le meurtre du chanteur Pavlos Fyssas.

Me concernant, le choix est simple.

Si tout ce qui est relayé par le Procureur de la Cour suprême grecque, sur les accusations de création et d’appartenance à une organisation criminelle, est vrai, je n’ai rien à ajouter dans mon modeste blog. Il n’y a qu’à attendre l’issue d’une instruction manifestement longue et complexe pour le savoir.

Reste la méthode. J’ai bien vu les doutes exprimés par de nombreux avocats et intellectuels grecs, souvent de gauche, sur la méthode choisie par le gouvernement grec pour lutter contre Aube dorée (parmi lesquels le célèbre avocat pénaliste Dimitrakopoulos, le journaliste Délastik, et même l’ancien résistant Glézos).

Une méthode parfois jugée à la limite de la légalité par les premiers, contre-productive ou dangereuse pour la démocratie par les autres. Certaines  accusations formulées contre le gouvernement grec, tant par la gauche radicale que par Aube dorée, sont dignes de la théorie du complot. Avant de les relayer en détail, encore faudrait-il être certain de leur bien-fondé, et prendre en compte le climat unique, un climat très particulier d’émotion, de tension, et d’affrontement idéologique qui règne autour de cette affaire.

J’ai toujours essayé de traduire dans ce blog les points de vue alternatifs que l’on trouve peu dans la presse française, mais face à la mort d’un jeune homme, il me paraît indécent de donner du crédit à ce dont je ne puis être certain. Je préfère attendre. J’en resterai là pour l’instant.

Depuis que ce blog existe, j’ai plusieurs fois fait l’expérience du fait que la crise économique, sociale et politique que traverse la Grèce accroît les rumeurs, les amalgames, les fausses informations, les fausses vérités qui deviennent acquises par le seul fait d’être répétées. Tout cela doit conduire à une certaine réserve.

Ce 1er novembre 2013, deux membres ou sympathisants d’Aube dorée ont trouvé la mort, abattus à bout portant par un commando en moto, devant les bureaux d’Aube dorée, à Néo-Iraklion, au nord d’Athènes.

Aube dorée accuse le ministre de l’intérieur de lui avoir retiré la protection policière après le meurtre de Pavlos Fyssas, malgré des menaces qu’aurait subies le parti. Elle s’en prend aux médias grecs, les accusant d’avoir créé un climat de diabolisation favorable à ce type d’agissements.

Là encore la machine des commentaires et des suppositions s’emballe, et là encore je préfère attendre que la lumière soit faite.

Seul point positif, tous les principaux partis politiques ont appelé au calme. Même le porte-parole d’Aube dorée.

Si les Grecs sont abasourdis, il faut leur souhaiter qu’ils trouvent la force d’éviter, tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin aux déchirements fratricides qui ont meurtri la Grèce par le passé.

Pavlos Fyssas, 34 ans. Manos Kapélonis, 22 ans. Giorgos Foundoulis, 26 ans.

Indépendamment de leurs engagements opposés, ce sont trois jeunes Grecs, issus des classes populaires, qui sont morts en quelques semaines.

Trois représentants de cette génération sacrifiée qui n’a le choix qu’entre l’exil à l’étranger ou la misère, de cette tranche d’âge qui subit la crise mais qui n’en est pas responsable.

Et quoi qu’on pense de leurs idées, ils avaient largement le temps d’en changer.

En Grèce pour désigner des jeunes gens de cet âge (et même après), on dit encore « ta paidhia » (« les enfants »).

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2 commentaires pour Pourquoi je ne parle plus d’Aube dorée

  1. V B dit :

    Votre texte est très beau et émouvant, la fin particulièrement
    Il parle de notre humanité
    Il aide à ne pas oublier le cauchemar que vit la Grèce
    Ni sa grandeur, qui chassera tous les démons

  2. europegrece dit :

    Merci pour votre commentaire.

    Précision, l’un des deux membres d’Aube dorée tué semble être issu d’un milieu social moins populaire (cela ne change rien au fond, je le dis juste par honnêteté intellectuelle, l’ayant appris après coup). C’est Manos Kapélonis, dont le père serait un éminent syndicaliste membre du parti socialiste grec (Pasok) plusieurs fois président de divers organismes publics. Manos Kapélonis s’apprêtait à partir étudier au Royaume-Uni dans le cadre de son troisième cycle universitaire et manifestement, était en opposition avec les choix politiques de son père qui ne s’explique pas son engagement auprès d’Aube dorée… Source presse grecque : http://www.inews.gr/261/se-aschimi-psychologiki-katastasi-vrisketai-o-pateras-tou-kapeloni–den-eimai-akoma-iremos-anaferei.htm

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