Istanbul, nuit du 6 au 7 septembre 1955. In memoriam.

Pogrom.

Istanbul, 1955. L’avenue Istiklal ancienne « Grande rue de Péra », bien connue des touristes et qui comptait de nombreux Grecs, entièrement pillée;

Une dame de la bourgeoisie turque d’Istanbul se joignant à la foule.

Scènes du film turc « Güz Sancisi », qui a donné pour la première fois au public turc un aperçu – très édulcoré, mais qui a l’immense mérite d’exister – du pogrom d’Istanbul.

Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1955, une foule organisée composée d’hommes venus d’Anatolie et de turcs stambouliotes se dirige vers les habitations et les commerces grecs marqués à la peinture, les dévastant, tuant plus de 20 personnes, et violant des centaines de personnes; des cas de circoncision forcée seront également rapportés.

Le premier ministre turc de l’époque, Menderes, sera plus tard pendu pour autre chose, après le coup d’état militaire de 1960, pour violation de la constitution; le pogrom sera évoqué lors de son procès ce qui permet aux historiens d’avoir certaines informations précieuses sur son organisation; il sera réhabilité sous le président Ozal le 17 septembre 1990, qui le fera enterrer dans un mausolée; le pogrom peut être considéré comme l’oeuvre de ce que les Turcs nomment « l’état profond », impliquant différents cercles issus des forces de l’ordre et des milieux nationalistes.

L’ouvrage le plus complet paru sur le pogrom d’Istanbul est celui de l’historien Speros Vryonis, en anglais, intitulé « The Mechanism of Catastrophe: The Turkish Pogrom Of September 6-7, 1955, And The Destruction Of The Greek Community Of Istanbul ».

Pour une comparaison entre la minorité grecque d’Istanbul et la minorité musulmane de Thrace grecque : Thrace grecque : un monde à l’envers (comparatif entre la minorité grecque d’Istanbul et la minorité musulmane de Thrace – Pomaques, Tziganes, Turcs).

Certains auront remarqué que le blog s’intéressait beaucoup aux relations gréco-turques dernièrement.
Mais ces questions, souvent méconnues, ont un impact important y compris sur le plan économique (dépenses militaires).
Elles sont donc au coeur de l’avenir de la Grèce, et de l’Europe, qui doit s’y intéresser et peser de tout son poids pour les résoudre (sans forcément parler d’adhésion de la Turquie) plutôt que de reprocher aux Grecs, par exemple,  le format de leur armée.
En Turquie un écart de plus en plus important semble se créer, entre d’une part la politique dominatrice ou néo-ottomane de certaines élites, et d’autre part, certains intellectuels et artistes qui veulent tourner la page de la confrontation gréco-turque (comme le montrent par exemple le film « Güz Sancisi », ou encore le film « Yüregine sor« )  ou qui évoquent volontiers les lointaines origines gréco-arméniennes des Turcs de Turquie, dans un souci d’apaisement.
Actuellement la Grèce est menacée de « finlandisation »; on peut se demander si elle ne va pas, à terme, se transformer en satellite de la Turquie, succombant au « soft power » économique de son voisin (si la croissance de ce dernier se poursuit). Ceci impacte les questions de souveraineté, notamment la question de l’irrédentisme qui frappe la Thrace grecque et certaines îles grecques. D’où l’intérêt de remettre certaines choses en perspective.
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2 commentaires pour Istanbul, nuit du 6 au 7 septembre 1955. In memoriam.

  1. Tekostanbul dit :

    Né une année après les événements de « altı yedi Eylül » comme le disaient mes parents istanbulliotes, je ne conserve de cette époque que le mépris que ma mère éprouvait quand elle avait vu, des jours après, les lieux. Des morts ou blessés, on n’en avait jamais parlé à la maison. A Kadiköy, dont je suis originaire, mes copains chez les rums, les arméniens ou les juifs, on n’en parlait jamais ni de ces événements ni de ceux de 1915. Etait-ce dû à une peur collective des siècles des minorités, je n’en sais rien. De mon enfance, un seul mot péjoratif m’est resté en mémoire : « korkak Yahudi », ou le Juif peureux, ou craintif. Ce que je déplore le plus, sans jamais me soucier de mes origines, qui sont d’ailleurs largement compliquées – des circassiens, des albanais, mon grand-père sachant chanter en plusieurs langues, même probablement en hebreu (?), des turcs: quelle bonne et heureuse collection de gènes – c’est le départ beaucoup plus tard , dans les années 70, des familles entières ou des membres de ces familles, grecques, juives, et arméniennes, nos voisins en fait, les gens qu’on voyait tous les jours, vers la Grèce, l’Israël, ou le Canada. J’avais vu chez ces gens une civilisation très riche en humanisme – amitié, aide, respect de l’autre, une musicalité sans équivalence, surtout chez les juifs, absence de mensonge, des commerçants comme il faut, etc. On peut toujours mentionner « la peur des minorités », mais je ne pense pas que ces gens se conduiraient autrement ou moins positivement dans des conditions différentes oú ils ne seraient « plus minoritaires ». Certains me diront que les circontances économiques sont importantes car en général ces minorités n’avaient jamais connu, à ma connaisance, de périodes de manque majeur, même avec les impôts nouveaux dressées contre eux – le Varlık Vergisi – en 1942, ayant déporté pas mal de gens en mal de les payer vers, pour la plupart, vers surtout l’Anatolie de l’Est, expliqués par les uns comme la « Turquisation » du pays, pour d’autres punissant ceux ayant acquis des biens en profitant de la guerre, ou pour d’autres, comme moi-même, pour protéger les Juifs d’Istanbul, et également donc Istanbul, et pour « plaire » aux Allemands qui venaient de se positionner à nos limites en Thrace.
    Vous passez donc finalement d’un temps riche en tout ce qui concerne les cultures polyphoniques en quelque chose qui ne se joue – la musique commence à être considéré comme haram, lentement, ces jours-ci – qu’avec un seul « saz », microphonique je dirai. C’est dommage, mais je me demande, je viens donc à la question majeure, même si les incendies de Izmir sont produites par les turcs, et non pas par les grecs comme on le croit chez nous, comment, dans cette région égéenne les grecs et turcs, vainqueurs mais ayant vécu des atrocités de la part de l’armée grecque – certains peut-être me diront que l’armée grecque ne les a jamais commises ? – pourraient vivre ensemble, après la chute de la ville. J’ai peut-être eu la chance de connaître ces « autochtones » à Istanbul, mais je pense que ce n’est jamais trop tard, et qu’il faut penser à revenir à ces périodes de paix, en une sorte de « pax ottomana » sans jamais fonder cet « empire » qui n’existera plus jamais, comme le croient aujourd’hui certains d’entre nous, et qui pour d’autres n’a donné que du feu et du sang: qui n’en a pas donné ? A Athènes, début des années 90, quand je voulais voir les grecs anatoliens, il me suffisait d’aller visiter les seules boutiques ouvertes pendant la sieste pour être invité à parler le turc chez les vieux, très contents d’avoir vu un des leurs, se donner des rendez-vous à Istanbul. Les ADN c’est possible qu’ils soient porteurs d’erreurs mais l’humanité, ou l’amitié, à mon avis ne se trompent pas. On est des frères, beaucoup plus que ne l’ont été, et possiblement malheureusement ne le seront les français et les allemands, par exemple, même si des périodes « rouges » nous barrent encore le chemin.
    Saluts les amis.

    • europegrece dit :

      Bonjour l’ami. Tout d’abord merci pour votre message. Des atrocités il y en eut en Atanolie contre les populations chrétiennes avant l’arrivée de l’armée grecque en Asie mineure mais je vous rejoins sur l’essentiel: il y a des gênes communs, les gênes de populations d’Anatolie qui furent absorbés par les Grecs il y a plus de 2000 ans puis par les turcs il y a 900 ans. Malheureusement plutôt que d’étudier le génie des peuples on attribue tout soit aux conquérants, aux empereurs (ottomans), soit au génie national grec ou turc. Tout est caricaturé : il faut un instrument national », les chants, les musiques, sont qualifiées « d’ottoman », ‘turc » ou « grec » parce qu’il faut coller une étiquette. C’est du marketting nationaliste ou impérial. L’idéologie est partout. Ceux qui paient sont les innocents et la vérité.

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