Attaques planifiées contre la Grèce dans les plans « Balyoz » et « Suga »

enteteLa justice turque s’est prononcée, le 5 août 2013, sur le cas de 275 officiers turcs kémalistes, et non des moindres (généraux, amiraux et autres officiers supérieurs, dont l’ancien chef d’état major turc Ilker Basbug) accusés d’avoir préparé une série de plans visant au renversement du premier ministre islamo-conservateur turc Recep Tayip Erdogan.

Parmi les accusations figurait le fait d’avoir prévu dans ces plans, diverses opérations militaires contre la Grèce, afin d’établir la loi martiale qui aurait permis à l’armée de prendre la main sur le premier ministre turc et à terme, de le renverser.

Pour plus de détails il est intéressant de se reporter à l’arrêt rendu par la Cour européenne des droits de l’homme (deuxième section), le 19 février 2013 dans l’affaire « Cem Aziz Çakmak contre Turquie. »

Cem Aziz Çakmak, amiral de la flotte turque, avait saisi la Cour européenne des droits de l’homme pour se plaindre de sa détention provisoire au cours de l’instruction de l’affaire.

En rappelant l’historique du dossier, la Cour donne des précisions intéressantes sur les accusations officielles formulée par la Parquet turc et dévoile le contenu de ces plans.

Voici quelques extraits de l’arrêt, qui peut être librement consulté sur Internet.

«  « L’affaire Balyoz »

3.  Par un acte d’accusation du 6 juillet 2010, le parquet d’Istanbul ouvrit une enquête pénale contre 196 membres présumés d’une organisation criminelle dénommée Balyoz (« la masse », en français, ou sledgehammer, en anglais), tous des généraux ou des officiers des forces armées. Il leur était reproché de s’être livrés, en 2002 et 2003, à la planification d’un coup d’Etat militaire visant au renversement par la force du gouvernement élu, acte réprimé par l’article 147 de l’ancien code pénal en vigueur à l’époque des faits.

10.  La deuxième étape du plan d’opérations Balyoz aurait principalement consisté à planifier des actions de provocation susceptibles de générer dans l’opinion publique une atmosphère d’insécurité et un sentiment d’hostilité envers le gouvernement, et d’ouvrir ainsi la voie à un coup d’Etat militaire. 11.  Toujours selon le parquet d’Istanbul, le groupe Balyoz avait élaboré, pour atteindre le but énoncé dans la deuxième étape, des plans d’action annexes. L’un des ces plans d’action, Oraj (« orage »), élaboré par İ.F., général d’armée des forces aériennes et commandant des académies militaires, aurait, d’une part, visé à créer des tensions entre les forces aériennes grecques et turques et à provoquer des accrochages entre des avions de guerre au-dessus de la mer Egée. Ces escarmouches devraient se solder par la chute d’un avion militaire turc et conduire à une dégradation de l’image du gouvernement. Le plan Oraj aurait, d’autre part, élaboré un scénario d’attaques, par des groupes islamistes fondamentalistes, de casernes des forces aériennes et du musée de l’armée de l’air, et ce pour aboutir à la prise de contrôle des rues par les forces militaires au prétexte de menaces intégristes. Le plan Oraj aurait également envisagé de soumettre les autorités civiles à des actions d’intimidation, telles que le survol par des avions militaires du Parlement turc si ce dernier refusait de décréter la loi martiale, et d’apporter aux forces terrestres de Balyoz le soutien des avions bombardiers en cas de résistance à l’intervention militaire projetée.

12.  Le parquet d’Istanbul se référait aussi aux documents concernant un autre plan d’action, dénommé Suga (« belle poupée »), qui aurait été élaboré par l’amiral Ö.Ö., commandant de la flotte de guerre, et qui aurait été prévu pour être exécuté principalement par les forces navales lors de la deuxième étape de l’opération Balyoz. Le plan Suga aurait projeté de mettre les forces navales à contribution pour créer des tensions avec la Grèce à propos des îles, des îlots et des rochers de la mer Egée dont l’appartenance était un sujet de conflit entre la Grèce et la Turquie. Il aurait eu pour objectif ultime une mobilisation partielle en Turquie, susceptible de favoriser l’instauration de la loi martiale. Il aurait planifié dans le détail les actions et les opérations à accomplir et les aurait attribuées une par une aux amiraux et aux officiers des forces navales dont les noms figuraient sur une liste dédiée au plan Suga. Les actions prévues auraient visé, entre autres, à provoquer des petits accrochages avec les forces navales grecques dans des zones de conflit de la mer Egée, à sensibiliser l’opinion publique turque sur ces questions de souveraineté et à préparer un ultimatum en la matière destiné au gouvernement grec. »

Ceci pour rappeler que l’environnement géo-politique de la Grèce n’est pas celui des autres pays européens de taille comparable (Portugal, Belgique, Pays-Bas), ce qui crée un certain nombre de spécificités, dans le domaine de la défense notamment.

Voir aussi : https://europegrece.wordpress.com/2012/02/24/etonnant-la-turquie-a-t-elle-des-pretentions-territoriales-en-grece/

Advertisements
Cet article a été publié dans 8- Relations gréco-turques. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Attaques planifiées contre la Grèce dans les plans « Balyoz » et « Suga »

  1. C T dit :

    merci pour ce « billet » estival . Les plans annoncés semblent avoir été repris par Erdogan dans leur intégralité!

    • europegrece dit :

      Bonjour. Je pense qu’Erdogan est plus subtil et qu’il voit à long terme. Je peux me tromper mais il me semble plus s’axer sur le « soft power » que sur la violence brute. Cela n’est pas moins efficace, au contraire.

  2. C T dit :

    Certes, mais je ne crois pas que revendiquer par 2 fois en moins d’un an 14 îles grecques au prétexte que la Turquie aurait été lésée lors du traité de Sèvres soit si soft que ça. L’argument a été relayé par Davutoglou encore récemment. Bien sûr, il est plus subtil de jouer sur la corde nationaliste auprès d’une population qui n’a appris qu’une histoire revue et corrigée, je ne vous contredirai point et se poser en victime est toujours bien perçu par les européens qui ne connaissent pas mieux l’histoire de ces pays.

    • europegrece dit :

      Bonjour; vous avez raison, disons qu’Erdogan a un vernis plus policé que les kémalistes et il a redressé la Turquie de façon spectaculaire sur le plan industriel et économique; il a aussi une politique assez subtile alliant la propagande culturelle à la politique étrangère dans sa vision néo ottomane; même si les manifestations récentes ont remis en cause une partie de son image.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s