Les Grecs, éternels cocus de la cause palestinienne?

flotilleRécemment, s’est opéré un rapprochement entre la Grèce et Israël (et un autre, encore plus poussé, entre Chypre et Israël).

Ces rapprochements en ont surpris plus d’un.

Les Grecs entendent poursuivre leurs bonnes relations avec le monde arabe. Mais la plupart des spécialistes grecs en géopolitique se réjouissent,  parallèlement, du rapprochement gréco-israélien, et pensent (ou espèrent) que ce rapprochement a vocation à perdurer et à s’approfondir,  quand bien même les relations entre la Turquie et Israël se réchaufferaient-elles un jour.

Outre les nouveaux enjeux en Méditerranée orientale, le plus surprenant était peut-être le fait que depuis plusieurs décennies, les Grecs se caractérisaient par un soutien unilatéral, sans contrepartie à la cause palestinienne, tandis que les relations gréco-israéliennes étaient étonnamment peu développées.

La photographie qui illustre ce texte est celle du professeur grec Vangélis Pissias, faisant face aux commandos israéliens lors de l’arraisonnement de l’autoproclamée « Flotille de la liberté », le 31 mai 2010. Cette photographie est extraite du Flyer du spectacle intitulé « la flotille de Grèce à Gaza » présenté à Paris par la Compagnie Erinna en septembre 2012.

L’annonce de ce spectacle nous a donné envie de pondre ce petit texte à l’adresse des Grecs, philhellènes, militants de gauche et Arabes francophones qui s’intéressent à la question des relations entre le monde grec et le monde arabe, et à la question palestinienne.

Les Grecs ont souvent mis leur sens de l’humanisme, de la générosité et parfois leur courage, au service des réfugiés palestiniens qu’ils assimilent parfois à leurs propres réfugiés (d’Asie mineure ou d’ailleurs). Des militants grecs pro-palestiniens, souvent d’extrême gauche, ont même été emprisonnés en Israël.   De droite, de gauche, d’extrême gauche et même d’extrême droite, tous les partis politiques grecs (y compris Aube dorée) se sont caractérisés pendant plusieurs décennies par ce soutien à la cause palestinienne.

Et pourtant il y avait bien quelque chose d’ubuesque dans le caractère unilatéral de ce soutien…

en_header_01En compulsant les décisions de l’Organisation de la coopération islamique (anciennement « Organisation de la conférence islamique »), dont la Turquie fait partie, on est frappé de constater qu’en mars, 2008, l’Organisation de la conférence islamique appuyait par une résolution la propagande turque au sujet de la Thrace grecque, sur « l’identité » de la minorité « turque musulmane » de Thrace occidentale   (alors que la minorité compte aussi des populations non-turques comme les Pomaques et les Tziganes musulmans, qualifiés abusivement de « Turcs » par la Turquie).

ociCette organisation avait déjà accepté en son sein en tant qu’observateur, dès 1979, le soi-disant « état chypriote turc », une « entité » séparatiste créée au détriment des Grecs par la Turquie après l’invasion de Chypre, et les opérations d’épuration ethnique de 1974 et 1975. C’est cette « entité » que la Turquie proclamera « République turque de Chypre nord » en 1983.

Les Palestiniens sont également représentés au sein de l’Organisation de la coopération islamique.

Ainsi, depuis plusieurs décennies les Grecs manifestent leur appui à un peuple, dont les représentants soutiennent les pans les plus anti-grecs de la politique turque.

Quand on connaît les liens culturels et historiques entre la Grèce et Chypre, quand on connaît la sympathie des Grecs (de Grèce et de Chypre) pour les Palestiniens, on ne peut qu’être stupéfait de constater à quel point les Grecs sont les cocus de la cause palestinienne.

Il était peut-être temps pour la Grèce de s’orienter vers la recherche de ses propres intérêts.

Le prix géopolitique du peu d’intérêt que la Grèce a porté au développement de ses relations avec Israël aura été terrible pour elle. Cela aura eu pour effet de créer un boulevard pour les stratèges turcs. Ceux-ci formeront une alliance militaire et industrielle avec Israël, renforçant ainsi davantage la valeur stratégique de la Turquie aux yeux des Etats-Unis.

Alliance que l’on croyait solide jusqu’à ce que le gouvernement d’Erdogan rappelle qu’il existe deux Turquie, que le fond du peuple turc reste profondément, en majorité, attaché à la solidarité entre peuples musulmans sunnites, et que les Israéliens ne seront jamais à l’abri d’un retournement de situation de la part des partisans de l’impérialisme néo-ottoman.

Il faut évidemment espérer une paix juste plutôt que l’exacerbation des antagonismes.

Mais l’humanisme unilatéral, a peut-être ses limites…

Et tout en tentant de conserver de bonnes relations avec  le monde arabe,  la Grèce a sans doute intérêt à développer et à approfondir  ses relations politiques, militaires et énergétiques avec l’Etat hébreux, auquel il peut offrir entre autres, la profondeur stratégique de son espace maritime et aérien.

De leur côté, les Palestiniens devraient peut-être réfléchir à la façon dont ils ont traité un peuple dont toutes les élites (politique, culturelle) leur ont pendant si longtemps manifesté leur sympathie…

Publicités
Cet article a été publié dans 9- Divers. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Les Grecs, éternels cocus de la cause palestinienne?

  1. Anathema dit :

    Il était temps de mettre fin à ce tropisme tiers-mondiste hérité des années 80 par Andreas Papandréou.

  2. de B dit :

    On nous bassine depuis des décennies sur l’occupation de la Palestine par Israël, mais on ne parle jamais de l’occupation turque d’une partie de Chypre.
    Evidemment, les chypriotes grecs ne protestent pas contre l’occupant turc, ils ont été chassés purement et simplement, comme les Grecs de Smyrne en 1923. Et ne parlons pas du génocide des Arméniens !

  3. saki dit :

    Je n’aurais jamais cru que les élites Palestiniennes soutenaient les causes pan-turquistes en Grèce et à Chypre après tant d’années de soutien diplomatique à leur cause. Comme quoi, en dépit de très bonnes relations, il y aura toujours la religion qui fera un rappel à l’ordre. « Chassez le naturel et il revient au galop » comme on dit. Eh bien, la remise en ordre de 2009 était donc plus que bienvenue. La Turquie faisant volte-face à Israël tandis que la Grèce entame le sien envers le monde Arabe !

  4. Emmanuel B dit :

    Bonjour, auriez vous par hasard un lien pour un article similaire en anglais qui pourrait éclairer quelques amis…merci

    • europegrece dit :

      Bonjour
      Non désolé mais il est possible de retrouver via les liens de l’article les prises de position de l’organisation de la conférence islamique, maintenant organisation de la coopération islamique,sur la question de la Thrace grecque et de Chypre. Ces liens sont en anglais. Le fait que la « République turque de Chypre du Nord » séparatiste créée par la Turquie soit admise au sein de cette organisation (ce qui est une forme de reconnaissance) peut être également vérifié en allant sur le site de l’organisation dans les pages en anglais.
      Désolé pour le retard dans la réponse.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s