L’UE absente des espoirs grecs ? Entre « extrêmes » et « tentations exotiques ».

L’Union européenne joue un rôle considérable dans les plans controversés de « sauvetage » (les guillemets s’imposent) de la Grèce.

Les Grecs demeurent attachés à l’idée européenne, et même à l’euro.

Pourtant, en un sens, l’Europe est absente. Car les espoirs des Grecs pour résoudre réellement la crise sans précédent qui les frappe, semblent moins placés entre les mains de l’Union européenne, que dans la tentation du vote extrême. Tandis que certains se demandent si les Etats-Unis ou la Russie, voire même la Chine, ne seraient pas en mesure d’offrir une alternative plus efficace que le carcan des solutions européennes, dans tel ou tel domaine.

C’est la marque d’une Grèce déboussolée.

La Grèce est prête à se vendre au plus offrant, ce qui attise l’imagination des cercles de décideurs. L’exemple le plus caricatural est celui d’un article du Financial Times, suggérant que la Grèce devrait utiliser le dollar comme monnaie de transition (« Dollar will give Greece breathing space »). L’article n’est pourtant pas daté du premier avril.

En matière de défense, les Etats-Unis s’ancrent davantage en Grèce.

Nous reviendrons plus tard sur la crise que subit l’armée grecque.

Une grande partie du matériel de l’armée grecque est totalement vétuste, contrairement à ce que laissent croire les données statistiques mises en avant par ceux qui veulent faire de cette armée de conscription, l’un des boucs émissaires de la crise (rappelons d’ores et déjà l’article de Costas Simitis dans le Monde, sur la façon dont l’évaluation des dépenses militaires grecques a été surestimée par rapport  à leur niveau réel, et les scandales récents  qui semblent révéler que certains hommes politiques grecs ont acheté du matériel militaire au double de son prix, ont payé du matériel jamais livré, ou se sont servis au passage – tout cela explique en partie pourquoi l’état réel de l’armée grecque n’a rien à voir avec l’image qu’en donnent les statistiques sur les dépenses militaires).

L’armée grecque est désormais incapable de procéder à l’achat de matériel neuf et son industrie militaire, peu soutenue, est exsangue.  Les Etats-Unis, donc, sont en passe de lui céder gratuitement du matériel militaire d’occasion puisé dans ses surplus pour remplacer du matériel vieux d’un demi-siècle.

A l’inverse, plusieurs entreprises européennes, notamment allemandes, sont impliquées dans les plus gros scandales de corruption en matière de livraison d’armes à la Grèce (la justice allemande s’est déjà prononcée au sujet d’une affaire de corruption impliquant la société Siemens qui a bénéficié d’importants contrats en Grèce dans les années 90  et 2000, y compris pour le système de télécommunications de l’armée grecque Hermès).

L’aide américaine a d’ailleurs été combattue par le lobby militaro-industriel allemand, accusé par certains, en Grèce, d’avoir propagé les rumeurs les plus folles dans les médias européens au sujet de l’aide américaine (http://www.enkripto.com/2012/04/m1a1-abrams.html).

L’intelligentsia européenne, prise dans sa vision comptable du monde (mais qui ne fait rien pour décourager le surarmement de la Turquie), est incapable de comprendre les enjeux de défense et de sécurité auxquels est confrontée la Grèce.

Les Etats-Unis, tout en soutenant la Turquie, cherchent à maintenir certains équilibres, et joueront donc en Grèce, au bénéfice de leurs propres intérêts, le rôle que l’Europe de la défense est incapable de prendre.

Quant à la Russie, d’autres pays européens envisagent une coopération poussée avec Moscou, à commencer par l’Allemagne. Mais pour certains partis politiques grecs, la Grèce devrait se tourner vers la Russie pour emprunter, et monnayer sa position en Méditerranée orientale  (voir « Politique, qui sont les extrêmes grecs?« ).

Il existe peut-être une certaine naïveté derrière cet espoir d’être sauvé par le Messie russe : la Russie entretient de meilleures relations avec la Turquie que par le passé et certains de ses projets sont contraires aux intérêts grecs. Exemple le plus emblématique de cette divergence d’intérêts, la Russie prévoit notamment d’aider la Turquie à construire sa première centrale nucléaire. Le gouvernement turc a confié à la société russe Rosatom la construction et l’exploitation de sa première centrale nucléaire à Mersin-Akkuyu, dans le cadre d’un projet très controversé car situé sur les bords de la Méditerranée, dans une zone à très haute sismicité (voir : http://www.ipsnouvelles.be/news.php?idnews=10816, et cet article du figaro, « Ankara maintient ses projets nucléaires en zone sismique » ). Une catastrophe exposerait en premier lieu, Chypre, mais aussi les îles grecques.

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