La crise tue – la lettre de révolte du suicidé de la Place Syntagma (mise à jour)

« Ce n’était pas un suicide, c’était un meurtre. Ne nous habituons pas à la mort. »

C’est le texte de cet appel à manifester devant le Parlement ce mercredi 4 avril 2012.

Ce même jour, à 9h du matin, un homme de 77 ans se tue d’une balle dans la tête place Syntagma, la place centrale d’Athènes, face au Parlement (iefimerida.gr) devant les passants.

Ιl  laisse un manuscrit sous forme d’appel à la révolte.

On peut y lire (image de gauche) :

«Le gouvernement d’occupation Tsolakoglou a réduit à néant, littéralement, mes possibilités de survie qui se fondaient sur une retraite digne pour laquelle,  j’avais payé, moi seul (sans l’aide de l’état) pendant 35 ans

Parce que j’ai un âge qui ne me donne pas en tant qu’individu, la possibilité de réagir de façon active (sans exclure que si un Grec prenait une Kalashnikov, je  serais le deuxième [à le faire]), je ne vois pas d’autre solution qu’une fin digne avant de commencer à chercher ma nourriture dans les poubelles.

Je pense que les jeunes sans avenir, un jour vont prendre les armes et, sur la place Syntagma, vont pendre à l’envers les traîtres à la nation, comme l’ont fait en 1945 les Italiens à Mussoloni (à la Piazza Poreto de Milan)».

« Le gouvernement Tsolakoglou » est une allusion au gouvernement mis en place par l’occupant allemand en Grèce pendant la 2e guerre mondiale, dirigé par le général Tsolakoglou.

Vendredi 16 mars 2012, au matin.

Une dame grecque de 81 ans, sur l’île de Zakinthos (Zante), seule dans la maison familiale, s’assied sur une chaise de la cour, s’asperge de liquide inflammable, et s’enflamme.

Son fils la retrouvera carbonisée.

Selon les premiers éléments de l’enquête, elle a laissé une note à ses proches.

Elle y explique qu’elle ne veut pas être un poids pour eux (source :
http://imerazante.gr/2012/03/19/44268).

On annonce de nouvelles mesures d’austérité pour le mois de juin 2012, alors que la limite du physiquement et psychologiquement supportable a déjà été franchie par une frange très importante de la population.

Sur les conséquences de la crise sur le quotidien des Grecs, plusieurs articles de la presse internationale se sont déjà penchés sur le fait que la Grèce détient désormais le record européen du taux de suicide (http://www.irishtimes.com/newspaper/world/2011/1219/1224309258403.html)

La Grèce avait, il y a peu, un faible taux de suicide, en raison des liens de solidarité sociale et familiale. Beaucoup de Grecs d’aujourd’hui ne résistent pas au chômage et à la nouvelle pression fiscale (qui touche essentiellement leur logement, leur refuge dans ce pays de petits propriétaires confrontés à l’extrême inverse de la situation passée, à savoir à de nouvelles taxes payables dans des délais très courts, et dont l’une est liée à la facture d’électricité : le contribuable qui ne paie pas se voit couper l’électricité; plus de lumière, plus de frigidaire…), ou au climat général, à cette impression de chute de leur pays.

Pour le remboursement d’une dette dont la plupart n’ont jamais profité.

C’est la Grèce « sauvée. »

Mise à jour du 6 avril 2012

Selon la fille unique du retraité qui s’est suicidé Place Syntagma, ce geste est « un acte politique conscient, totalement cohérent avec ce qu’il pensait et la façon dont il agissait de son vivant. » Citant un poème de Ritsos mis en musique  par Mikis Théodorakis elle conclut : « Endors-toi, Père,  moi je rejoins mes frères et je reprends ta voix. » (source, Eleftheros Typos)

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3 commentaires pour La crise tue – la lettre de révolte du suicidé de la Place Syntagma (mise à jour)

  1. europegrece dit :

    Précision : le défunt de la place Syntagma avait laissé cette lettre à l’attention de sa fille avant de partir, et en avait gardé une autre, avec les mêmes mots, dans sa poche, selon les déclarations de sa fille Emmy Christoula à la presse grecque.

  2. Quelle tristesse dnas ce si beau pays.

  3. Insurgeons-nous !
    Basta ya !
    Jean-Jacques M’µ

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