"Radio Berlin ment, Radio Berlin ment… Radio Berlin est allemand"

41414"Radio Paris ment, Radio Paris ment… Radio Paris est allemand", chantait le spot de la France libre sur la BBC.

Deux mensonges éhontés et à peine croyables du gouvernement allemand, viennent de démontrer l’extrême nervosité de Berlin face au résultats des élections grecques de mai 2012 (observons qu’après avoir tout fait pour humilier les dirigeants des partis favorables aux plans d’austérité au lieu de les soutenir,  il est curieux que les Allemands s’étonnent de leurs résultats électoraux).

Première cachotterie, la plus relayée par la presse internationale

Le 18 mai 2012, alors même que le gouvernement se prononçait officiellement pour un maintien de la Grèce dans la zone euro, Angela Merkel en personne appelait le président grec Karolos Papoulias et lui suggérait d’organiser un référendum sur la sortie de la Grèce dans la zone euro, en même temps que les élections législatives.

L’incroyable feuilleton qui va suivre, montre qu’elle croyait agir dans l’ombre.

Première bizarrerie : non seulement c’est une ingérence directe dans le processus démocratique grec, mais c’est une atteinte au Protocole. En effet l’Allemagne et la Grèce disposent d’un Président dont le rôle est très limité, mais Angela Merkel est l’équivalent du Premier ministre et devrait donc normalement s’adresser au nouveau premier ministre par intérim Panayiotis Kamménos.

Le président grec  adresse donc le contenu de la conversation qui semble avoir été enregistrée, au Premier Ministre, qui à son tour en informe les partis politiques : "Mme Merkel a [...] transmis au Président de la République ses réflexions sur l’organisation d’un référendum parallèlement aux élections pour savoir si les citoyens grecs souhaitent leur maintien dans la zone euro. Mais il est évident qu’une telle question échappe aux compétences d’un gouvernement par intérim."

Tollé en Grèce : tous les partis, d’Aube dorée au SYRIZA en passant par la Nouvelle Démocratie, les Grecs indépendants et – plus discrètement – le PASOK s’insurgent contre cette interventionnisme allemand en plein coeur des élections grecques.

Panique en Allemagne : pris la main dans le sac, le gouvernement allemand dément formellement avoir fait une telle suggestion.

Le Premier ministre grec ne l’entend pas de cette oreille : il persiste et signe, selon lui Angela Merkel a bien suggéré cela.

Le magazine allemand Der SPIEGEL vient de trancher et donne raison aux Grecs.

Le gouvernement allemand est donc pris en flagrant délit de combine, et de mensonge…

Un ministre allemand voit des "Rafale" grecs en mirage…

Le 16 mai 2012, dans une interview au journal allemand Die Ziet, le ministre de la défense allemand Thomas de Maizière s’en prend au budget grec de la défense et, entre autres inexactitudes grossières, accuse la Grèce d’avoir acheté 60 avions de chasse neufs à la France en pleine crise.

On ne sait si dans son esprit il s’agissait de « Rafale », ou de « Mirage ».

Information totalement fausse (on a sûrement écarquillé des yeux chez Dassault, qui ne parvient pas à vendre ses Rafale…).

Comment le ministre de la défense d’un pays aussi important et réputé pour son sérieux a-t-il pu en arriver à un tel niveau d’inexactitudes?

Mise à jour du 26/05/2012Précision

En approfondissant la question, il ressort de différents articles parus dans les journaux allemands, que c’est précisément la presse allemande qui est à l’origine de la rumeur selon laquelle la Grèce aurait acheté tout récemment 60 avions de combat à la France.

Le ministre de la défense allemand a seulement pris en compte cette "information" sans la contester et sans la vérifier, et a affirmé qu’un pays ayant des équipements surdimensionnés devait les réduire et que dans le cas de la Grèce c’était une priorité.

Au moins deux autres articles ici :

http://www.cicero.de/weltbuehne/ist-die-nato-noch-zu-retten/49317?seite=3

Et par le journal wirtschaft

http://www.wirtschaft.com/20120515-vor-nato-gipfel-de-maizire-kritisiert-hollande-20560

http://www.welt.de/politik/deutschland/article106316816/De-Maiziere-fordert-Hollande-zu-Kursschwenk-auf.html

Rappelons que le budget grec de la défense a déjà très fortement baissé en terme d’acquisitions de matériel : selon un article du magazine grec "vol et espace" (Πτήση και διάστημα) du 12 mai 2012, le budget 2011 ne prévoit que 360,48 millions d’euros pour l’acquisition de matériels ce qui inclut les pièces détachées, pièces de rechange, consommables et autres (elles étaient déjà revenues à seulement à 1,017 milliards en 2011 et devraient se stabiliser à 900 millions à moyen termes à l’horizon 2015 selon le même article). Ce qui pèse le plus, ce sont les dépenses de personnel et de fonctionnement, et non l’acquisition de matériel . Mais réduire la part de professionnels supposerait d’augmenter la durée du service militaire, et la Grèce connaît une crise de la natalité en raison de laquelle le nombre de jeunes pouvant effectuer leur service militaire se réduit de génération en génération voire d’année en année.

La question de savoir si la Grèce a besoin d’une défense forte passe à notre avis par l’analyse de ce qui se passe en Turquie, davantage que par l’analyse de ce qui se passe en Grèce.

Il est curieux que les analystes qui critiquent les achats d’armement de la Grèce se contentent d’une approche statistique contestable donnant l’impression d’une armée ultra-moderne n’ayant pas besoin de renouveler ses équipements, et ne se prononcent jamais ni sur l’analyse qualitative du matériel actuel et réellement en service de l’armée grecque (en majorité très vétuste) ni sur les possibilités de déstabilisation révélées par les procès de généraux turcs se déroulant actuellement en Turquie, ni sur les tensions concernant la question de la zone économique exclusive et l’espace aérien,  ni sur le fait que la politique d’acquisition d’équipements de l’armée turque est en grande partie tournée vers la Grèce (moyens de franchissement positionnés face à l’Evros, moyens de débarquement de l’armée d’Egée).

Si demain les recherches pétrolières et gazière en mer Egée et en mer Méditerranée se révélaient fructueuses, la Grèce ne pourrait peut-être pas en assurer la sécurité et serait contrainte de dépendre davantage encore de l’extérieur pour cela.

Par ailleurs l’Allemagne est mal placée pour donner ce genre de leçons à la Grèce : avant la crise d’Imia de 1996  et avant l’euro (2001), l’équipement de l’armée grecque était essentiellement un équipement d’occasion, correspondant à du matériel donné ou vendu à bas prix par l’armée américaine (matériel de surplus).

Depuis la crise d’Imia et depuis l’entrée dans l’euro, la Grèce s’est tournée en grande partie  vers l’Allemagne (et la France)  pour de l’achat de matériel neuf (bien que la plus grosse partie du matériel de l’armée grecque reste du matériel ancien, que les autres armées auraient déjà mis au rebus – voir l’article paru dans le magazine français Assaut de janvier 2012).

Or ces achats ont souvent donné lieu à des scandales de corruption impliquant des entreprises allemandes.

Par ailleurs "Europe Grèce" consacrera sans doute un billet à l’armée grecque, car il nous semble qu’on lui fait un bien mauvais procès : ce n’est pas elle qui est en cause,
mais les hommes politiques grecs, qui ont payé des équipements parfois au double du prix auquel les ont payés d’autres pays, ont payé du matériel jamais livré ou dont la livraison se fait attendre de façon anormale, le tout sur fond de scandales de corruption,
ou qui ont choisi certains équipements non pas en fonction des demandes de l’armée grecque, mais dans d’autres buts (comme renforcer les relations avec la Russie, dans le cas du programme de transports de troupe BMP-3 qui n’a pas abouti en raison de la crise – aucun paiement, aucune livraison, aucune finalisation technique de l’accord de principe qui avait été décidé).

Il faut rappeler que l’équipement de l’armée grecque n’est pas "projetable" (ou très peu): c’est à dire que contrairement aux autres armées de l’Union européenne, l’armée grecque n’a pas pour but de lancer ses forces sur de lointains théâtres d’opération, contrairement à ce que fait parfois la France en Afrique, ou à ce qu’a fait le Royaume-Uni en Irak. Ses forces à l’étranger sont peu nombreuses et dotées d’un équipement léger (Afganistan, Kosovo).

Par ailleurs une grande partie des soldats  de l’armée grecque sont des jeunes conscrits qui effectuent leur service militaire.

La doctrine de l’armée grecque n’est donc pas comparable avec celles des pays de l’ouest de l’Europe, dont l’armée est souvent entièrement tournée vers les opérations extérieures, et qui sont entourés de pays stables tels la Belgique, le Luxembourg, la Suisse ou le Portugal. L’armée grecque a une doctrine de défense du territoire correspondant à celle que possédaient les pays de l’Ouest de l’Europe jusqu’aux années 90 du fait qu’ils craignaient que l’URSS ne déstabilise le continent européen. Et c’est à une vraie guerre froide que se livrent la Grèce et la Turquie.

L’armée grecque dispose d’équipements qui ailleurs, se retrouvent dans les musées : la conception de la majorité de ses chars a 40 ou 50 ans d’âge (M-48 A5, Léopard 1, véhicules de transport de l’infanterie M113 et Léonidas, hélicoptères HUEY H-1 arrivés depuis longtemps en fin de cycle). Son armée de l’air gère aussi la question des liaisons d’urgence et du transport sanitaire en mer Egée, au sein du réseau d’îles complexes, qui a justifié qu’elle s’équipe d’hélicoptères de sauvetage en mer Super Puma auprès de la France, qui sont comptabilisés dans les dépenses militaires.

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5 réponses à "Radio Berlin ment, Radio Berlin ment… Radio Berlin est allemand"

  1. axel8591 dit :

    Votre lien vers Die Zeit ne mène pas à l’article auquel vous faites référence. Pouvez-vous donner la bonne adresse, par avance merci.
    Il est possible que la (dés) information provienne d’une lecture erronée depuis wikipédia —> http://fr.wikipedia.org/wiki/Dassault_Mirage_2000, où l’on peut lire ces 2 lignes je cite "…Les 62 Mirage 2000-9 restants pourraient être repris par la France et revendus sur le marché international de l’occasion en échange de l’achat de 60 Rafale sur la période 2012-20147…"
    … Sauf qu’il ne s’agit pas de la Grèce… Mais des Emirats Arabes Unis! Les infos concernant la Grèce étant placées juste au-dessous, s’agirait-il donc d’un malencontreux copié/collé réalisé avec empressement et aveuglement…

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